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Société inclusive et action sociale :
Quel rôle les professionnels du secteur social pourront-ils jouer
dans le mouvement vers une société inclusive ?


Le terme « inclusion » est apparu dans nos sociétés occidentales dans les années 90, alors même que l’on constatait une augmentation des inégalités sociales et des comportements d’exclusion. Quel sens recouvre ce nouveau concept ? Quelles modifications propose-t-il dans le rapport des individus avec la société ? Quelle portée aura-t-il pour les professionnels du secteur social ?

Le terme « inclusion » vient du monde anglo-saxon, ou plus exactement d’un courant international soucieux de la place des personnes handicapées dans la société. Cette notion a émergé par le biais des associations de personnes handicapées et des instances internationales refusant la stigmatisation et prônant une réelle acceptation des différences. Elle a ensuite gagné les sphères politiques, pour toucher tous les domaines et tous les lieux où se développent les inégalités dans nos sociétés : l’école, mais aussi le travail, le logement, les loisirs… Les personnes en situation de handicap, mais aussi les personnes en difficulté sociale, les minorités, les travailleurs pauvres, les migrants, etc.

Quelques définitions

Dans le champ du handicap, on découvre que le modèle inclusif est très lié au nouveau modèle conceptuel de « personne en situation de handicap ». Dans ce modèle, la participation sociale est le résultat d’une interaction entre les caractéristiques de la personne et les caractéristiques de l’environnement. La déficience dont souffre une personne a pour conséquences une incapacité dans un environnement donné, qui sera facilitateur ou au contraire obstacle, créant ainsi la situation de handicap. Par exemple, les facilités d’accès aux transports en commun ou la présence d’interprètes pour des journées d’études sont des facilitateurs de participation sociale. Ce modèle conceptuel est en phase avec le modèle de société inclusive, qui considère que l’environnement doit être aménagé, évoluer, s’adapter, pour compenser les obstacles, ou au moins faciliter la pleine participation de toutes les personnes faisant partie de la société. Nous pouvons différencier l’inclusion de l’intégration qui, elle,  suppose un changement, un mouvement de la personne en difficulté vers la société pour s’y intégrer.

On peut facilement étendre cette approche aux autres formes d’exclusion, dans le champ du travail, des migrations, des difficultés sociales ou culturelles, etc., où les interactions vont être facilitatrices ou au contraire génératrices d’empêchement à une participation citoyenne.
Ainsi, le sociologue allemand Niklas Luhmann (1927-1998) utilise le terme d’« inclusion sociale » pour caractériser les rapports entre les individus et les systèmes sociaux. L’inclusion sociale est considérée comme le contraire de l’exclusion sociale. Elle concerne les secteurs économiques, sociaux, culturels et politiques de la société.

De même, pour la commission européenne « L’inclusion active consiste à permettre à chaque citoyen, y compris aux plus défavorisés, de participer pleinement à la société, et notamment d’exercer un emploi. Elle vise à traiter différents problèmes : la pauvreté, l’exclusion sociale, la pauvreté des travailleurs, le chômage de longue durée, (…), les inégalités hommes-femmes. »

La société inclusive est celle qui accueille ou introduit au sein de ses frontières, de ses valeurs, de ses normes, tous ceux qui en font partie de droit. L’idéal de la société inclusive se fonde sur l’idée d’égalité des individus dans leurs singularités. Dans une société inclusive, chacun a sa place, il a droit au respect et à une citoyenneté pleine et entière, quelque soit la couleur de sa peau, son genre, sa culture, l’infirmité dont il souffre ou sa situation économique.

Conséquences pour le travail social


Cette nouvelle façon de considérer les rapports sociaux concerne aussi bien nos modèles culturels que les différents lieux (école, entreprise, institution…) caractérisés par la norme, le niveau, le classement, selon des standards institués et invariants.

Or le travail social s’est construit sur les frontières, les seuils qui séparent, dans une société, ceux qui sont « dans la norme », et ceux qui ne le sont pas. Il a ainsi créé des lieux et des formes d’accompagnement spécialisés, qui permettent à ces personnes de ne pas être tout à fait exclus, sans pour autant être tout à fait inclus…

De ce fait, le rapport que nous avons avec la norme, la spécialisation et la séparation est remis en question, et le projet d’une société inclusive nous invite à transformer les modalités d’intervention du travail social et médico-social. Il implique une plus grande perméabilité entre les institutions et la société, entre les filières dites spécialisées et le monde ordinaire. Il conduit à des projets de « désinstitutionnalisation ». Les orientations du Conseil de l’Europe vont dans ce sens. Qu’elles concernent le logement, la scolarité, le travail, elles incitent à aller toujours plus avant vers des structures ouvertes, vers des accompagnements en milieu ordinaire.

Notre séminaire vise, en s’appuyant sur ce projet de société inclusive, à développer de nouvelles formes d’action sociale, où chacun trouverait sa place et pourrait exercer pleinement sa citoyenneté : Quels en sont les enjeux ? Quelles en sont les limites ? Quelles « bonnes pratiques » seraient à développer pour assurer cette nouvelle forme de vivre ensemble ?

Dans ce cadre général, les communications préparées pour le séminaire devraient se construire au croisement de deux champs :
Le champ des publics concernés : personnes en situation de handicap, personnes âgées, jeunes, personnes en difficulté sociale, minorités, migrants, etc.
Le champ des domaines d’intervention : la scolarité, le travail, le logement, la participation citoyenne (activités culturelles et sportives), etc..


Social Sans Frontières, 18 janvier 2016